« Cela peut paraître banal mais certaines personnes n’entendent même pas le son de leur voix pendant plusieurs jours car elles n’ont pas l’occasion d’avoir un contact avec quelqu’un » confie Blandine, chargée d’écoute chez Libr’Alerte.
En 2017, 300 000 personnes de plus de 60 ans ne rencontrent quasiment jamais ou très rarement d’autres personnes (réseau familial, amical, voisins, réseau associatif). Cette vie recluse, sans contacts physiques extérieurs, à l’écart de la société touche plus fortement les personnes de plus de 85 ans. Retour sur ce véritable problème de santé publique en France.

On n’a jamais été aussi nombreux à vivre vieux en France ! Avec une espérance de vie de 79,3 ans pour les hommes et de 85,4 ans pour les femmes, les plus de 60 ans représentent aujourd’hui plus de 20 % de la population, les plus de 75 ans 9,3 %.Et selon les dernières projections INSEE, le vieillissement va s’amplifier. En 2050, on compterait plus de 20 millions de plus de 65 ans, soit 8,6 millions de plus qu’en 2013. Les plus de 75 ans représenteraient 12,1 millions, soit 16,4 % de la population, contre 9 % en 2013. Cette génération de personnes, surtout pour les plus âgées, est confrontée à de nouvelles problématiques : perte d’autonomie, difficultés à se maintenir à son domicile, mais également la solitude…

 

Comment « devient-on seul ? »

 

Une des premières causes de l’isolement de la personne âgée est la dissolution de la famille. Le départ des enfants du domicile familial, mais aussi par l’éloignement géographique. La mobilité professionnelle des jeunes générations favorisent cet éclatement du cercle familial. Lorsqu’il ne s’agit pas des enfants, c’est la perte du conjoint qui est particulièrement douloureuse pour les seniors. Une perte qui provoque une solitude brutale, difficile à accepter après des années de vie commune. Ce sont les femmes de plus de 75 ans qui sont majoritairement touchées. Une tendance expliquée par l’espérance de vie plus élevée des femmes, mais aussi par le fait qu’elles aient une vie tournée davantage vers la famille que les hommes, avec moins de contacts en dehors du cercle familial.

« Aujourd’hui, mes enfants ne viennent plus me voir. Au début, ils venaient. On organisait des déjeuners, on fêtait Noël ensemble… Puis, du jour au lendemain, plus rien. On ne s’y attend pas. On ne comprend pas. J’ai bien essayé pourtant, j’ai envoyé des messages mais je n’ai plus jamais eu de nouvelles. Et puis un jour, j’ai appris que mon fils habitait à 10 minutes d’ici… Ça fait mal. Le fait de ne plus voir mes enfants, je n’aurais jamais cru ça. Je me suis toujours dit que ça ne pouvait pas m’arriver.» Sylvie, 66 ans

Ainsi, ces personnes n’ont aucune personne sur laquelle « compter au quotidien » : 39 % d’entre eux n’ont aucune personne à qui confier leurs clés, 67 % n’ont personne pour parler de choses intimes ou tout simplement pour déjeuner ou dîner (50 %).

S’ajoute à cela la perte d’autonomie qui engendre un cercle vicieux pour les personnes âgées. Souvent due à une dégradation de la santé (trouble de la vue, détérioration de l’audition…), les seniors ont des difficultés à se déplacer, à se repérer dans l’espace, à communiquer. Une perte d’autonomie qui réduit significativement les activités pratiquées par les seniors. Ils sortent moins, font moins de rencontres, et ont donc moins d’occasions de créer du lien social. 27 % sortent qu’une fois par semaine ou moins souvent de chez eux, et 78% ne pratiquent aucune d’activité.

 

La téléassistance : une solution ?

 

« Bonjour Madame L., c’est Blandine de Libr’Alerte, comment allez-vous depuis la dernière fois ? »
C’est ainsi que débute chaque appel. Le chargé d’écoute prend le soin de se présenter par son prénom, tout en étant rassurant. Peu à peu, il parvient à créer du lien avec la personne âgée et à construire une relation de confiance, qu’il va, pérenniser aux moyens de ses appels réguliers. C’est au sénior de choisir la fréquence, la date, la durée de l’appel. Il guide également l’échange en fonction de son besoin du moment : vie quotidienne, douleurs physiques, famille, activités, actualité, sujets culturels… Le chargé d’écoute, bienveillant, participe aux différents sujets en ayant une écoute active.

Depuis sa création, les appels de convivialité sont particulièrement appréciés par les bénéficiaires. Les appels, très attendus, sont chaleureusement accueillis et chacun y trouve un intérêt particulier. Pour certains, ils apportent un contact humain, « cela peut paraître banal mais certaines personnes n’entendent même pas le son de leur voix pendant plusieurs jours car elles n’ont pas l’occasion d’avoir un contact avec quelqu’un » confie Blandine, une des membres de l’équipe. Pour d’autres, les appeler régulièrement leur permet de pouvoir s’exprimer, mais aussi d’être apaisé. Quelqu’un est à leur écoute, s’intéresse à eux et prend le temps de dialoguer.

En complément du célèbre médaillon de téléassistance, des appels de convivialité peuvent être mis en place et contribuer à rompre l’isolement des personnes âgées.

Source : enquête CSA septembre 2017

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